Témoignage déposé le 05/03/2023
J’ai découvert l’HG lorsque j’en ai été victime, et même là, on m’a fait croire que le problème venait de moi.
J’ai un dérèglement hormonal à la base. De l’hyperoestrogenie. Et des risques d’embolie pulmonaire qui font que mon corps rejette tout contraceptif.
Grossesse 1 (juin 2016) :
Je suis tombée enceinte accidentellement. Je ne voulais pas d’enfant. Et mon corps rejetant toute contraception, j’ai refusé la pilule du lendemain. Après tout, je venais d’avoir mes règles.
3 semaines plus tard, mon fiancé m’a apporté ce test de grossesse évidemment positif. Par chance j’ai eu son soutien indéfectible, par chance il avait fait des études de sage-femme.
L’enfer a commencé une semaine après.
J’ai dû arrêter mes études. Je vomissais une dizaine de fois par jour. Mon fiancé me faisait boire du coca pour que je puisse avoir du sucre dans le sang. Il était heureux, son rêve étant de devenir papa. Moi je ne voulais pas, mais en même temps, malgré moi, j’aimais déjà à la folie mon bébé. J’ai tenu bon, je me suis accrochée à mon fiancé.
J’ai perdu 10kg, mes contractions ont commencé aux alentours du 5ème mois, et depuis ce moment-là, mon col a commencé à s’ouvrir chaque jour un peu plus.
On m’a donné du Buscopan, on m’a dit que c’était parce que je ne voulais pas de mon bébé.
J’ai continué à vomir tout autant et mon bébé à grandir, jusqu’à ce que, par un suivi négligé d’un gynécologue pourtant reconnu, je fasse une thrombose.
A partir de là c’est devenu pire encore, mais ce n’est pas une histoire d’HG, plutôt une histoire de violence obstétricale.
Mon bébé a cessé de prendre du poids. Le travail a commencé 3 jours trop tôt, et le gynécologue, au courant pourtant que je ne supportais pas les hormones, m’a donné des œstrogènes. Mon corps a passé les 3 jours suivants à tout rejeter, c’était comme une gastro combinée à l’HG. Je vomissais une 30aine de fois par jour.
Alors j’ai supplié qu’on me déclenche. Mais mon bébé était faible. Il n’arrivait pas à sortir. Le gynéco est venu toutes les heures durant 9h voir où j’en étais en me faisant un toucher utérin comme si j’étais une vache, me laissant en larmes et en sang. M’accusant et me menaçant.
Mon fiancé était paralysé. Je ne me rappelle plus, j’étais déjà à moitié évanouie à cause de la douleur provoquée par l’inefficacité de la péridurale.
Mais à 8cm d’ouverture après une énième engueulade du gynécologue qui me hurlait de pousser, que j’étais douillette,… j’ai paniqué, j’ai senti mon bébé mourir (il n’y avait pas de monitoring), et j’ai demandé la césarienne.
Je l’ai eue et je me suis réveillée le ventre vide, sans savoir où était mon bébé. J’ai paniqué avant d’être capable de demander.
Il était en néonatalogie. Il allait bien mais il ne savait pas se nourrir. Il mesurait 45cm et pesait 2,250kg. J’ai rencontré mon fils, chacun dans un lit différent. Je n’ai pas pu le serrer contre moi. Je ne pouvais venir que pour tirer mon lait toutes les 3h.
La journée, mon fiancé m’aidait à le prendre dans mes bras, mais la nuit je ne pouvais pas.
Au bout d’une semaine, mon fils a repris du poids, on est parti de cet horrible endroit.
J’ai mis 1 mois avant de pouvoir l’allaiter, et les professionnels de santé m’ont forcé à arrêter au bout de 3 mois.
Évidemment j’ai fait une grave dépression post-partum.
Je m’en suis sortie au 1er anniversaire de James.
Grossesse 2 (mai 2018) :
Il faut croire que j’étais plus fertile durant mes règles puisque peu après les 1 ans de mon fils, je suis retombée enceinte.
À nouveau ça a été la panique, puis le retour de l’enfer, en pire.
Je vomissais une 20aine de fois par jour, je ne savais même pas m’occuper de mon fils de seulement 1an.
Même le coca ne passait plus. Je ne buvais plus que de l’eau à la petite cuillère. Je ne mangeais plus.
J’avais l’impression de mourir et je ne pouvais pas abandonner mon petit garçon.
J’ai envisagé plusieurs fois de tomber des escaliers pour perdre le bébé. J’avais beau l’aimer, je savais que ça allait encore durer 6 mois, et je n’arrivais pas à envisager cela. Un jour j’ai commencé à me blesser, je me souviens comme d’un rêve flou, je délirais. Je me cognais la tête contre le mur parce que je n’avais pas la force de me déplacer jusqu’aux escaliers, et je ne voulais plus de ce 2ème bébé. Mon mari m’a emmenée aux urgences. J’ai été hospitalisée une semaine, j’avais perdu 15kg, j’étais déshydratée, affamée, j’avais une inflammation du sang, une infection urinaire, et un décollement placentaire.
Après ça on a déménagé, et mon fils allait à la crèche. Moi je restais au lit. Je mangeais une demi galette de riz et je buvais une mini bouteille d’eau.
Mon bébé est né prématuré de 2 semaines. Grâce à ma nouvelle gynécologue, il est né en pleine forme au bout de 25h et par voie basse. Même si c’était au prix d’une déchirure + épisio.
C’était merveilleux. Jusqu’au jour où Eliott s’est arrêté de prendre le sein après ses 9 mois.
Grossesse 3 (août 2019) :
Ca ne faisait que 3 jours qu’il était passé au biberon et déjà je sentais mes règles arriver. Par contre je n’ai pas senti autre chose arriver. Jusqu’à ce que 3 semaines plus tard, le test soit positif. Les vomissements ont commencé le lendemain. Plus violents encore que les 2 premières fois.
Ma gynécologue avait été claire, il y avait beaucoup de chance pour que le bébé ou moi, voire les 2, ne survivrions pas. Je risquais non seulement la déchirure de ma cicatrice de césarienne fragilisée, mais à devoir m’occuper de deux enfants en bas âge, et en même temps gérer l’HG et les effets de l’hyperoestrogénie, le stress serait bien trop intense. Je ne pouvais pas être égoïste.
C’était un non choix qui m’a détruite. Qui a détruit mon mari. On avait beau aimer ce bébé, même si il avait été nommé « fœtus » et « amas de cellules » par les personnes du planning familial, même si on avait été infantilisés, traités comme des ado irresponsables, et moi humiliée par mon incapacité à garder une contraception, on l’aimait. A 8 semaines, j’ai avorté. J’ai subis ce qu’on appelle un curetage, d’une violence inhumaine. On a tout simplement « aspiré » mon bébé comme s’il s’agissait d’une saleté.
Suite à cela mon mari a fait une vasectomie. Plus jamais ça, on a décidé.
Et tout le monde le félicite pour son courage sans se douter de sa souffrance. Sans se douter que chaque applaudissement me renvoie mon propre échec, celui qui a été fatal à mon bébé.
J’ai plongé lentement dans une dépression qui a atteint son paroxysme l’année suivante. La mémoire de mon corps m’a fait souffrir physiquement le martyre. Mais je ne l’ai jamais regretté.
Je me suis haïe, je me suis lacéré les bras, j’ai été violente pour punir mon propre corps de n’avoir jamais été capable de survivre.
Et puis lentement, j’ai parlé, j’ai fait mon deuil, et je me suis pardonnée. Cela fait seulement 3 mois que je ne culpabilise plus. Je suis une survivante, mon corps m’a soutenu alors qu’il le pouvait à peine. Et mes deux petits garçons sont ce que j’ai de plus précieux au monde. Car quand on vit quelque chose d’aussi dur, on profite de chaque instant et on fait de notre mieux pour être à la hauteur de ce cadeau miraculeux.
Ça m’a détruite mais ma reconstruction a fait de moi une meilleure maman, une meilleure personne. Aujourd’hui, je suis Doula et herboriste, afin que les futures mamans ne soient jamais isolées ni culpabilisées, et afin de leur proposer un soutien naturel pour contrer les effets négatifs d’une grossesse. James vient de fêter ses 6 ans et c’est un petit garçon extraordinaire, quant à Eliott, il a eu 4 ans et il ira loin dans la vie. Et c’est grâce à ma force. Quant à ma fille, car je l’ai appris quand j’ai récupéré la dernière échographie, Ella (Élisabeth), son souvenir vit en moi et je l’honore chaque jour en vivant intensément.
Alors même quand tout semble perdu, même quand on est à bout, notre corps est incroyablement fort, et cette horrible expérience deviendra un jour un souvenir, et vous saurez que tout cela en valait la peine.
Merci infiniment de m’avoir fait connaître l’HG, grâce à vous j’ai réalisé que ce n’était pas ma faute.
Avec toute mon affection.
