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Témoignage de Elise

Témoignage déposé le 22/11/2023

 

Alors voilà, après négociation avec mon conjoint depuis 2020 pour avoir un bébé, en juillet 2023, il me dit qu’il est enfin prêt ! Je suis donc trop contente et je ne vous fais pas de dessins, on se lance donc dans l’essai bébé.

Je tombe enceinte hyper rapidement, par chance, puisque j’ai mes dernières règles le 1er août, et j’apprends ma grossesse le 29 août.

Au début je ne réalise pas, n’ayant aucun symptôme, mais je suis quand même aux anges, et je continue ma vie normalement.

Très très vite, je commence à avoir l’odorat un peu plus sensible, et je trouve que plus rien n’a le même goût (goût de moisi), mais ayant eu le Covid en avril, et n’ayant retrouvé ni le goût, ni l’odorat depuis, je me dis que les hormones ont débloqué ce problème, et que comme j’ai perdu l’habitude des odeurs et des goûts, c’est un temps d’adaptation.

Je commence également à avoir des nausées le soir, mais sans plus.

Arrivée à 5 SA, je commence à vomir.

Maintenant, absolument tout, même l’air   extérieur, même ma maison, mon chien, mon conjoint… tout sent le moisi et me fait vomir, mes produits d’hygiène et de beauté, absolument toute la nourriture… clairement je ne peux plus vivre…

Je perds 5 kg entre 5 et 9 SA, mais j’arrive quand même à manger des petits beurres, donc ma foi je fais avec à ce moment-là.

Je commence le cariban, puis arrivée à 9 SA, je pense être dans le pic de vomissements.

Je vomis toutes les 20 minutes non-stop, je suis incapable de boire, de manger, les odeurs c’est de pire en pire.

J’en parle à mon gynécologue obstétricien qui me dit « c’est dans la tête, il faut sortir, continuer à vivre normalement, et ça passera », et quand j’entends ça, je me sens complètement anéantie de ne pas être écoutée.

2 jours après, je décide d’aller aux urgences car je n’en peux plus, je suis à bout de force, je suis isolée dans ma chambre, loin de mon conjoint et de mes animaux, sans pouvoir travailler depuis 1 mois.

Je mange 1 petit beurre par jour, aller aux wc ou à la douche est un parcours du combattant, tellement d’odeurs horribles, je suis tellement faible que finalement, je néglige mon hygiène et me retiens d’uriner au maximum pour aller aux wc que 1 à 2 fois par jour.

Aux urgences, elle m’augmente la dose de cariban et en plus me donne du vogalène en supo.

Elle me dit que c’est normal quand on est enceinte de vomir, et que ça va passer vers 12 SA.

Je rentre chez moi, désespérée, car je sais que ce n’est pas normal, au fond, je ne connais personne qui a vécu ça.

De 9 à 12 SA et quelques jours, rien ne change, je vomis toutes les 30 minutes. Tous les goûts et les odeurs me donnent la gerbe. La seule chose qui a changé, c’est que maintenant, je suis incapable de manger quoique ce soit.

Je perds 15 kg et j’abandonne, je reste dans mon lit à pleurer toutes les larmes de mon corps, nuit et jour, et à espérer mourir pour que ça s’arrête.

Mon conjoint est hyper présent depuis le début, il nettoie mes vomis, m’écoute, essaye de m’alimenter et de m’hydrater, mais à ce moment-là, lui-même est impuissant, j’ai complètement lâché l’affaire.

Un soir, je vais prendre une douche, j’étais hyper faible, je me rappelle me peser et voir sur la balance 53,9 kg, alors qu’au départ j’en pesais 69, et là, trou noir.

Mes souvenirs reviennent, je suis avec le samu direction l’hôpital.

Là-bas les odeurs sont horribles, je me dis que ça ne va pas m’aider du tout, et je pleure et hurle, car je veux rentrer chez moi, et que de toute façon, si c’est pour me dire que c’est normal et que ça va passer à 12 SA alors que je suis à 13, ils peuvent bien aller se faire voir, car selon moi, perdre 15 kg et ne plus s’alimenter depuis 3 semaines n’est pas normal !

La gynécologue m’explique que je ne rentrerais pas chez moi car je suis déshydratée et en tachycardie élevée (149 bpm). Ils m’hospitalisent donc en service gynécologie où ils me perfusent pour m’hydrater, des vitamines aussi si j’ai bien compris, et du primperan, puis plein d’autres poches mais je ne m’en souviens plus.

Je suis isolée 3 jours dans le noir.

Les infirmières et AS sont odieuses et ne m’expliquent pas pourquoi.

Tous les jours j’ai droit à « ça va passer bientôt, vous êtes à la fin du premier trimestre », tous les jours des gynécologues et psychologues viennent me voir et me demandent si ma grossesse était désirée, qu’est-ce que je ressens actuellement pour ce bébé, si je vis des violences conjugales, ou si j’ai été battue dans mon enfance ou maltraitée.

Je comprends qu’ils insinuent que c’est psychologique, donc je me braque et ne parle plus à aucun soignant, sauf pour me changer la bassine, m’aider à aller à la salle de bain, ou leur dire que leur traitement ne marche pas.

Je reste 10 jours là-bas qui me paraissent une éternité, mon copain vient du début des visites et reste jusqu’au milieu de la nuit.

Pendant ces 10 jours, ils me changent de traitement sans succès et ne cherchent pas à comprendre plus.

Chaque visite de médecin c’est « vous avez vomis combien de fois aujourd’hui ? Vous avez réussi à manger ? Bonne journée. », jusqu’à ce jour où une gynécologue arrive, pas très aimable, qui me demande si je veux sortir d’ici.

Je lui réponds que oui, puis elle regarde les infirmières et l’interne et dit « ça aurait pu être fait depuis tellement longtemps si certains savaient faire leur travail ».

Là elle se rend compte que je suis allongée depuis 2 mois et que je n’ai pas de bas de contention, que j’ai une infection dans la bouche à cause des ulcérations dues aux vomissements, et change mon traitement pour du ondansetron.

Elle s’énerve littéralement sur tout le monde car on lui a fait des retours comme quoi j’allais pas mieux, mais que je ne faisais pas d’efforts, alors que personne ne s’était un jour dit que j’avais peut être bien plus que des vomissements de premier trimestre, et qu’il faudrait peut-être essayer de me prendre en charge correctement (je la béni cette femme), et là bingo, 2 jours après le début du traitement, je commence à réussir à picorer des aliments qui n’ont pas trop de goût, et je sors au bout de 10 jours d’hospitalisation. Depuis ma sortie il y a 2 semaines, j’ai vomis que 3 fois, je suis tout le temps épuisée, et j’ai constamment la nausée.

J’arrive à picorer quelques petits trucs et à m’hydrater correctement, j’ai pris 2 kg (j’en avais déjà pris 2 à l’hôpital), je peux revivre dans l’entièreté de ma maison, mais par contre les odeurs et particulièrement l’odeur extérieure sont toujours atroces pour moi, et les goûts pareil, tout a toujours un goût de moisi, à part les choses fades, donc je ne peux rien manger que j’apprécie, moi qui suis une amatrice de plats épicés, de bonbons acides, et qui noie mon poisson dans le citron…

Je suis à 16 SA aujourd’hui, et je suis désespérée de pas pouvoir sortir, et de ne manger que de la purée, des pains au lait et du riz nature, mais tellement heureuse de ne plus vomir 100 fois par jours.

 

 Comme quoi je suis tombée sur 10 gynécologues différents pendant mon hospitalisation, un tas d’infirmières, mon obstétricien qui me suit pour ma grossesse, j’étais jamais écoutée, et tout le monde minimisait mes symptômes et ma souffrance, et il a fallu une dame, une gynécologue qui mette un nom sur le problème et qui me trouve un traitement adapté, pour que je retrouve ne serait-ce que l’espoir de survivre à cette grossesse qui a été un cauchemar pendant 3 mois.

Alors ne perdez pas espoir, si un professionnel de santé ne vous écoute pas, changez, allez en voir d’autres, jusqu’à ce que vous trouviez celui qui vous écoutera.

Si vous vous reconnaissez dans les symptômes de l’HG, parlez-en à votre médecin, vous devez être écoutée et vous devez être prise en charge, le corps médical est censé nous aider, ce n’est pas normal qu’à cause de lui, nous ayons envie d’en finir, que ça soit avec notre vie ou avec notre grossesse ! Merci à celles qui me liront.